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Viedourle mag’ #77 nov/décembre 2020

Viedourle mag’ #77- Nov/décembre 2020

Ensemble c’est Tout !

A rebours de ce qui se vit actuellement, au risque de choquer et sans vouloir provoquer quiconque, je suis très inquiet de ce que cette crise sanitaire nous oblige, nous contraint à vivre. Il ne s’agit pas de remettre en cause les décisions prises, mais simplement de s’arrêter un peu pour nous regarder. Le sens du collectif devient la primauté de l’individu, le partage et la rencontre bloqués par les gestes qui n’ont jamais autant mérité leur adjectif de barrière. Ce besoin souvent irrépressible que nous avons, depuis des générations, de se toucher, de s’embrasser, de se saluer par une franche et cordiale poignée de mains, nous devons le réfréner au plus profond de notre moi intérieur. Oublier ce que nous sommes pour ne penser qu’à ce que nous ne voulons pas devenir. Cercle vicieux d’un enfermement sociétal, dont nul ne peut prévoir ce qu’il en sortira.

Je lisais récemment un article consacré aux échanges intergénérationnels. Quand des enfants de maternelle partent, ou plutôt partaient, à la rencontre de personnes âgées dans les EPHAD. Les spécialistes s’accordaient à constater combien ces moments d’humanité partagée avaient une incidence positive sur la qualité de vie de nos anciens. Pour appuyer leurs constats des analyses de leur sommeil, de leur appétit de leur humeur et de leur mobilité venaient confirmer le ressenti. Et même si nous n’avons pas tous ces données rationnelles, il est facile de comprendre à quel point l’aventure humaine est riche pour les uns, comme pour les autres. Combien les moments passés avec son arrière-petite-fille peuvent contribuer à apaiser la douleur d’un conjoint parti brutalement. Combien les vacances passées ensemble deviennent le ciment indispensable à nos constructions familiales. Combien les anniversaires ou les simples repas du dimanche peuvent être facteur d’évasion et de réassurance positive. Combien la douleur de la perte d’un être cher peut être, un moment, atténuée par le fait de se prendre dans les bras pour se dire ce qui ne peut souvent s’exprimer autrement…

Pourtant nous n’avons pas le choix, il faut continuer à respecter ces consignes parce que de toutes les manières nous sommes allés trop loin pour renoncer aujourd’hui…

Renoncer c’est tout le contraire des attitudes portées par les reportages de ce numéro. Pour Sophie Castet et Cédric Delavier, ouvrir un restaurant, l’Invitation à Quissac, au cœur de l’été, c’était tout sauf de l’abattement et du renoncement. Pour Julia Marti, développer son activité de distillatrice, alors que les alcools et spiritueux sont souvent montrés du doigt, c’est aussi prétendre faire des produits de grande qualité et de pleine conscience, dans le respect de la nature. La saga MG, enseigne incontournable du cœur de Sommières, n’est qu’une suite d’aventures commerciales et humaines, faisant fi de nombreuses embûches et qui se décline aujourd’hui malgré les difficultés. Que dire des sœurs Primard, Marion et Stéphanie, reprenant le fil à la suite de leur père Yves. Renoncer n’est pas dans le vocabulaire de ces véritables entrepreneurs du quotidien. Je vous laisse les découvrir dans ce numéro de fin d’année.

Enfin, peut-être vous en apercevrez-vous, mais nous avons changé d’imprimeur pour produire le magazine dans le Gard. Au cœur des Cévennes, au Vigan, c’est à l’imprimerie Clément que nous avons choisi de confier ce que nous avons de plus cher, Viedourle Magazine. Nous aurons l’occasion de vous présenter en détail cette entreprise qui affirme sa prise en compte des valeurs humaines et environnementales ; nous étions faits pour nous rencontrer…

J’emprunterai à Jean-Louis Etienne, conférencier, médecin et explorateur, ce commentaire plus positif pour tenter de nous tourner vers demain : « La situation actuelle, aussi brutale qu’inattendue, et aveugle quant à son issue, nous incite à développer un positivisme de l’inconnu, engager son imagination au-delà des certitudes. Cette rupture avec la routine est l’occasion pour chacun d’entrer dans son silence, d’aller chercher le meilleur de soi-même et le révéler aux autres. De cette prison virale, personne ne ressortira comme avant : la lente traversée des grands déserts donne de l’espace au temps et du relief à l’essentiel.« 

Bonne lecture et bonnes fêtes de fin d’année, malgré Tout !

Vincent COULON