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Édito n°58 – juillet/août 2017

Ne pas se tromper de colère…

Nous voilà, enfin, sortis d’une très longue période électorale. Des primaires aux récentes législatives, c’est quasiment 9 mois de gestation, de tergiversations, d’affaires et de rebondissements divers. Une longue période dont chacun s’accorde à penser qu’elle fut surtout le siège d’affrontements, de violences verbales, de dérapages et d’invectives, qui ne grandissent ni les politiques, trop habitués à l’exercice pour s’en rendre compte, ni les citoyens que nous sommes, trop enclins à alimenter les rumeurs ou les ragots. Vu de l’extérieur on pourrait en rire, tellement nous nous sommes drapés dans le ridicule jusqu’à l’excès. Mais si l’on y prend plus attention, ce spectacle désolant, ces jeux du cirque médiatique, affaiblissent plus qu’il n’y paraît, notre société et notre démocratie. Jamais peut-être les clivages n’ont été aussi marqués; chacun revendiquant aujourd’hui sa part de victoire, sa ration de légitimité, alors qu’en fait tout le monde a perdu, personne n’a gagné, hormis les partisans de la haine et du chaos. Je suis frappé de constater combien les réseaux sociaux sont le déversoir, pour ne pas dire le dépotoir, de toutes ces animosité, et le mot est bien faible…

L’abstention record marque le désintéressement de nos concitoyens pour la chose publique, pour la vie de la cité. Il n’est que temps de proposer une autre réflexion pour que nos prochaines échéances ne se transforment en pugilats et que la violence ne déborde des plateaux et des hémicycles…

Il semble que pendant ces derniers mois nous ayons été frappés de cécité et de surdité. Les disparités sociales n’ont jamais été aussi fortes, les déséquilibres financiers n’ont jamais été aussi importants, mais tout semble fonctionner comme si tout ceci n’était rien comparé à nos petites querelles, nos rancœurs et notre mauvaise foi. Sourds et aveugles à la misère du monde, nous ne sommes  pourtant pas muets pour déverser sur l’autre toute notre haine. L’autre est alors l’étranger, le migrant, prétexte simpliste pour régler tous nos maux; l’autre est alors le politique, coupable avant d’avoir été jugé, suspect avant de s’être engagé, victime seulement de la vindicte populaire et de son terrible adage, tous pourris… Mais l’autre ce n’est jamais soi-même, incapables que nous sommes d’une introspection personnelle pour accepter notre propre rôle, notre propre responsabilité dans ce qui nous entoure. Alors ne nous trompons pas de colère, acceptons de nous regarder en face, avec nos limites mais aussi avec nos forces, et notre société n’en sortira que grandie, plus humaine, bien plus vivante. La fête de la voie verte, en ce début juin, est le symbole vivant, contemporain et bien réel, que, passé les bornes et les conventions, l’homme n’a plus de limites dans sa créativité et son humanité.

Dans ce numéro nous partons à la découverte de Claude Bonin-Pissaro, artiste majuscule, d’une grande sensibilité, refusant les stéréotypes, les modèles tout prêt, pour nous proposer une vision des choses de la vie, mais sans nous en imposer sa lecture. Chacun est libre devant ses toiles de refaire sa propre réalité, son propre chemin. Une très belle exposition qui vous attend à la chapelle des Ursulines à Sommières. Le Printemps des Pierres, fond de dotation sur le mécénat culturel, est animé, géré, et porté par des citoyens sommiérois  très intéressés et motivés par les enjeux liés au patrimoine. Un bel exemple pour la vie de la cité, pour revenir aux racines grecques de la politique… Toutes les manifestations de l’été, toutes les fêtes, tous les concerts sont là pour nous rappeler qu’il est vraiment possible de vivre ensemble !

Bel été à toutes et à tous !

 
Vincent Coulon