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Double peine

A l’heure où j’écris ces lignes, il est encore trop tôt pour tirer un véritable bilan de cette crise sanitaire qui a frappé la planète. Au niveau national cependant, les données sont à l’affinage entre les différents acteurs de la statistique. Querelles de chiffres, batailles de graphiques, nous n’avons pas fini d’entendre tout et son contraire, histoire d’alimenter encore et encore, peurs et fantasmes, sur des réseaux sociaux qui n’en demandaient pas tant. Comme toujours, à chaque crise, il y a ceux qui souffrent, et ceux qui en profitent. Force est de constater que l’économie numérique ne s’est jamais aussi bien portée, mais ce n’est pas ce qui va changer les choses pour que les principaux acteurs payent leurs impôts là où ils les doivent…

Ce qui me frappe le plus et sans qu’il n’y en ait eu beaucoup d’échos, c’est, il me semble, la double peine qui s’est abattue sur une jeunesse qui n’en pouvait mais.

Nous savions déjà que nos générations « productives » des trente glorieuses avaient à ce point épuisé ressources et richesses que l’héritage laissé à nos enfants est catastrophiquement déplorable. Malgré toutes nos bonnes intentions, et même, il faut le dire, nos prises de conscience pour tenter de corriger la tendance, nous fonçons toujours droit dans le mur, en nous demandant chaque jour, ce que l’on pourrait bien faire pour y aller encore plus vite.

Si la crise sanitaire et le confinement qui en a découlé a pu, l’espace de quelques semaines, enrayer la machine infernale, rassurons-nous, tout redevient comme avant. Pire même si l’on considère les efforts faits, et les lois promulguées, pour lutter contre le plastique qui a profité de ces moments particuliers pour revenir en force, légitimé à qui mieux mieux par des consignes quelques fois tournant à l’absurde. Nouveauté sociétale, en plus des sacs et emballages plastiques en tous genres, voici, nageant dans les caniveaux, échoués sur les trottoirs, les fameux masques chirurgicaux, pointant au hit-parade des déchets abandonnés.

Mais comme si cela ne suffisait pas, voilà que nous venons de faire peser sur cette même jeunesse un choix de blocage généralisé dont elle sera la première victime, certes collatérale, mais victime tout de même. Les autorités ont mis l’économie quasiment à l’arrêt ; elles ont mis entre parenthèse les libertés publiques et ont porté des coups très durs au système scolaire. Combien d’enfants, déjà fortement touchés par le retard scolaire, ont été laissés pour compte d’une organisation qui pensait travail à la maison, soutien des parents et équipement numérique, alors que la maison est trop petite, les parents impuissants et dépassés, et l’informatique réduite à peau de chagrin. Que dire de tous ces étudiants, angoissés d’affronter un monde du travail qui leur fait peu de place, voyant repoussées les échéances universitaires et les stages à la clé, aggravant encore plus la fracture économique et sociale. Qu’il me soit permis d’évoquer ici, ces jeunes adolescents, en rupture avec un système qui depuis longtemps les exclus, voyant se fermer un à un les projets d’insertion, donc projets de vie, parce nous avions décidé de TOUT arrêter…

Si j’en crois la récente étude de Laurent Mucchielli sur son blog https://blogs.mediapart.fr/laurent-mucchielli/blog ,  » Le virus s’est diffusé selon une dynamique propre et il ne peut pas être affirmé que le confinement l’aurait freiné ». Pire même le chercheur avance que toutes les données empiriques disponibles suggèrent que cette politique n’a pas eu d’effet sur la dynamique de l’épidémie ni sur la mortalité finale, mortalité très lourde par rapport à la plupart des autres grands pays comparables (…)?

Notre jeunesse se voit donc condamnée deux fois pour une double peine qui n’a pas fait le poids face aux chiffres et informations bombardées chaque soir dans une grand-messe relevant plus d’une tribune pour professeurs Tournesol que d’une gestion sereine et efficace…

En 2008, un excellent film documentaire réalisé par Jean-Paul Jaud avait pour thème central l’empoisonnement supposé des aliments par les toxines de la chimie agricole. Son titre, déjà évocateur d’une responsabilité non assumée, peut ressortir en suite numérotée : Nos enfant nous accuseront – 2020 La double peine….

Comme beaucoup d’entreprises Viedourle Magazine a fermé ses pages pendant ces dernières semaines. Notre volonté aujourd’hui, malgré toutes les difficultés, malgré un agenda plus que réduit, malgré les difficultés économiques et de toujours être là pour continuer à porter notre regard sur cette région que nous aimons tant. Un numéro un peu spécial, il faut réapprendre à faire autrement nos métiers ; un numéro peut-être un peu bancal mais un numéro pour vous dire que nous sommes là !!!

Envers et contre tout, bel été à toutes et tous !!!!

Vincent Coulon